La Pêche Melba : histoire d'un dessert mythique

Par Catherine Lasserre - 4 sept. 2014 - Mis à jour le 19 oct. 2017
Un produit, une histoire

Combien d'entre vous connaissent la vraie recette de ce dessert glacé imaginé par Auguste Escoffier, et l'histoire qui se cache derrière ? L'heure est au rattrapage avec ce voyage dans le glorieux passé de la gastronomie française qui laissa à la postérité des desserts aussi gourmands qu'évocateurs comme cette délicate Pêche Melba.

Crédits : DR - Fondation Escoffier

Deux grandes figures de la gastronomie française ont marqué ces trois derniers siècles en léguant chacun deux desserts de renommée internationale. A l'aune du XIXe siècle, le patrimoine culinaire français connut une petite révolution en la personne de Marie-Antoine Carême, plus connu sous le nom de Antonin Carême (1784-1833). Un illustre chef cuisinier et pâtissier français à qui l'on doit, entre autres, une douceur longiligne au nappage brillant : l'éclair au chocolat. Avant 1850, ce dernier était appelé « pain à la duchesse », une pâte à chou fine et étirée roulée dans des amandes que Carême décida de garnir d'une crème pâtissière aromatisée au chocolat.

A la fin du ce même siècle, naissait un autre illustre personnage : Auguste Escoffier (1846-1935). Celui qu'on surnomme le « chefs des rois et roi des chefs » fit rayonner la gastronomie moderne française à l'étranger. Il fut l'auteur de plusieurs livres culinaires, dont Le Guide culinaire (1903) - bible des plus grands chefs d'aujourd'hui - et un manager hors pair (il mit en place le système des brigades en cuisine). Au début de sa carrière de cuisinier à Nice, Escoffier créa, aux alentours de 1864, la Poire Belle Hélène. Des poires pochées nappées d'une sauce au chocolat. Encore aujourd'hui, le succès de ce dessert ne se dément pas. Un hommage à La Belle Hélène, un opéra-bouffe créé en 1864 par Offenbach. Une attirance pour l'art lyrique qui se manifestera une seconde fois, mais trente ans plus tard, avec une nouvelle création : la Pêche Melba. Un dessert glacé mythique et incontournable présent sur la carte de nombre de restaurants. Sur une glace à la vanille, sont déposées des pêches blanches pochées dans un sirop vanillée, le tout nappé d'une purée de framboises fraîches. Telle est la véritable composition de ce dessert gourmand et parfumé. Vous noterez donc que la chantilly et les amandes de Polignac n'existent pas dans la version originelle. Ce sont pourtant deux éléments qui caractérisent aussi aujourd'hui la Pêche Melba.

Sur l'Académie du Goût, vous trouverez, aussi bien la « classique » Pêche Melba, avec sa crème chantilly à la vanille et les fameuses amandes effilées caramélisées, nappée ici d'un jus de framboises, qu'une version agrémentée d'un clafoutis aux nectarines sur laquelle reposent une demi-pêche jaune, la chantilly et la glace à la vanille. Deux chefs proposent deux interprétations plus qu'audacieuses. Christophe Michalak, en fier pâtissier, transforme la Pêche Melba en macarons pour retrouver en une bouchée les saveurs de ce dessert glacé. A l'intérieur de ces coques colorées et veloutées comme la peau de pêche, se cache un crémeux au chocolat blanc aromatisé aux pêches jaunes et aux groseilles. Une Pêche Melba revisitée que le Chef Alain Ducasse, décide lui aussi de déstructurer avec originalité. Dans sa recette, la pêche se mue en sorbet et le sorbet se transforme lui-même en pêche : deux demi-sphères de sorbet à la pêche colorées pour leur donner l'allure de véritables pêches sont disposées sur un lit de granité à la groseille. En guise de noyau, une bavaroise aux amandes enrobée de chocolat. Des Pêches Melba du XXIe siècle qui ont quelque peu éclipsé la vraie recette de la Pêche Melba du XIXe siècle.

Crédits : DR - Fondation Escoffier

Le XIXe siècle, l’ère de l'industrialisation, est aussi l'époque des créations et de l’expansion des hôtels de luxe et de stations balnéaires dans les grandes villes européennes et internationales comme New-York. A la moitié du XIXe siècle, pas moins de 5000 chefs français travaillent en Grand-Bretagne avec l'avènement des restaurants à la française. Auguste Escoffier sera d'ailleurs aux commandes des cuisines de l'hôtel Savoy à Londres dès 1889. Lieu dans lequel résida pendant près de deux ans, une cantatrice australienne de renom, Helen Porter Mitchell (1861-1931), plus connue sous le pseudonyme de Dame Nellie Melba (en référence à Melbourne, capitale de l'état de Victoria qui l'a vu naître). C'est après l'avoir entendu et vu chanter qu'Escoffier lui rend hommage à travers ce dessert créé en 1894.

Ci-dessus, la transcription de la lettre manuscrite d'Auguste Escoffier sur l'histoire de ce dessert mythique et qui nous dévoile, par la même occasion, la recette authentique.

La Pêche Melba, son origine :

Madame Nellie Melba, grande cantatrice de nationalité australienne, chantait à Covent Garden à Londres avec Jean de Reszke en 1894. Elle habitait le Savoy Hôtel près de Covent Garden, époque où je dirigeais les cuisines de cet important établissement. Un soir où l'on donnait Lohengrin, Madame Melba m'offrit deux fauteuils d'orchestre. On sait que, dans cet Opéra, il apparaît un cygne. Madame Melba, donnait le lendemain soir un petit souper à quelques intimes dont Monseigneur le Duc d'Orléans était parmi les convives. Et pour lui montrer que j'avais agréablement profité des fauteuils qu'elle m'a gracieusement offerts, je fis tailler dans un bloc de glace un superbe cygne et, entre les deux ailes [je mis] une timbale en argent. Je couvris le fond de la timbale de glace à la vanille et sur ce lit de fine glace, je disposai des pêches à chair blanche et tendre […] pochées pendant quelques minutes dans un sirop à la vanille et refroidies. Une purée de framboises fraîches couvrait complètement les pêches. Un léger voile en sucre filé [recouvrait] les pêches. […]

Mais ce n'est qu'en 1899 à l'ouverture du Carlton à Londres que la Pêche Melba a conquit sa popularité. Dans le service courant, la « Pêche Melba » est le dessert le plus facile à préparer : il suffit de couvrir le fond le fond d'une coupe en cristal  […] de glace à la vanille. Déposer sur la glace des pêches à chair blanche et tendre, mûries à point, débarrassées de leur pelures, pochées pendant quelques minutes dans un sirop léger parfumé à la vanille. Puis masquer les pêches d'une purée de framboises fraîches, sucrées. Facultativement, on peut jeter sur les pêches, un léger voile de sucre filé.

Auguste escoffier

Crédits : DR - Fondation Escoffier

Lettre manuscrite originale écrite par Auguste Escoffier

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