Comment bien choisir son beurre ?
Par Fanny Rivron - 28 oct. 2015
Cuisiner pratique

Beurre cru, extra-fin, de baratte, light, demi-sel, breton ou d’Échiré… Au rayon beurre de n’importe quel supermarché, l’offre est pléthorique. Petit guide à l’usage des gourmets égarés.

Crédits : DR - FotoliaComment s'y retrouver face à l'offre pléthorique de beurres ?

Pour s’y retrouver et sélectionner la plaquette adaptée à ses goûts et à l’usage que l’on veut en faire, il n’est - pour commencer - pas inutile de se rafraîchir un peu la mémoire quant à la fabrication du beurre. Le beurre est une matière grasse issue du lait (de vache le plus souvent). Pour transformer le lait en beurre, on recueille d’abord la crème, qui remonte spontanément à la surface du lait au repos. C’est l’écrémage. On laisse ensuite mûrir cette crème (maturation) avant de la battre dans une baratte. C’est alors que les grains de beurre apparaissent, se soudent entre eux et se dissocient du babeurre (le liquide dans lequel ils baignaient). Le beurre est ensuite lavé et malaxé.

En France, on ne peut appeler « beurre » qu’un produit contenant 82% de matières grasses, le reste étant composé d’eau (16% maximum), de protéines (dont les caséines) et de sels minéraux (2%). Si le taux de matière grasse n’est pas de 82 % ou si d’autres ingrédients ou additifs entrent dans la composition du produit, l’appellation « beurre » doit être complétée (beurre allégé, beurre salé…) Il est intéressant de noter que les additifs comme les épaississants ou les conservateurs sont autorisés dans la composition des beurres allégés, light, ou à faible teneur en matière grasse. Ils sont donc moins gras… mais plus chimiques.

Beurre de baratte, le haut du panier

Trois et seulement trois dénominations légales existent pour le beurre : beurre cru, beurre fin et beurre extra-fin. On trouve ensuite un certain nombre d’appellations sur les emballages comme l’énigmatique et alléchant « de baratte ». Mais que vaut cette appellation - par ailleurs non réglementée - dans la mesure où il n'y a, par définition, pas de beurre sans barattage ? Aujourd’hui, 90% des beurres français sont fabriqués en quelques minutes dans des butyrateurs (machines fabriquant le beurre en continu). L’étape de la maturation est supprimée et l’ensemencement en ferments, qui donne au beurre son goût, intervient en fin de fabrication. Ces beurres dits industriels présentent peu d’intérêt gustatif. Les 10% restants sont ces fameux beurres « de baratte », dont la crème a été maturée pour en développer les arômes puis lentement barattée. Leur prix est plus élevé… tout comme leur qualité gustative.

Crédits : DR - FotoliaMoule à beurre en bois

Cru ou pasteurisé ?

Très riche en goût, le beurre cru est le chouchou des puristes. Il est obtenu exclusivement à partir de crème n’ayant subi aucun traitement thermique. À sa sortie du pis, le lait est conservé à température, la vigilance est donc de rigueur pour éviter le développement des bactéries. La couleur et le goût du beurre cru évoluent au fil des saisons : il est plus pâle et moins goûteux en hiver, saison où les vaches mangent évidemment moins vert et moins frais. On l’utilise à table, bien sûr, mais pas seulement. Best-seller dans la très respectée fromagerie Laurent Dubois, le beurre cru de baratte finit sur les tartines « mais on l’achète aussi pour la pâtisserie », explique le responsable de la boutique de la rue Saint-Antoine à Paris. Seul défaut du beurre cru, il se conserve peu de temps (trente jours environ).

Si le beurre n’est pas cru, c’est qu’il a été fabriqué à base de crème pasteurisée (chauffée à 90 degrés pendant 15 à 20 secondes pour en éliminer les éléments pathogènes). Lorsque la crème est pasteurisée, elle ne peut pas maturer de façon spontanée, on l’ensemence donc ensuite avec des ferments lactiques. Le beurre pasteurisé se conserve soixante jours et son goût est constant au fil de l’année. Les beurres fins et extra-fins sont des beurres pasteurisés. La fabrication de l’extra-fin se fait tout de suite après la collecte du lait (72 heures), sa crème n’a jamais été congelée, surgelée ou acidifiée. Pour le beurre fin, la crème peut être congelée à moins de 30%. On choisit en général les beurres fins ou extra-fins pour la cuisine ou la pâtisserie, ils sont parfaits pour réaliser pâtes, crèmes et sauces.

Beurre Charentes-Poitou ou de Bresse : les beurres AOC dévoilent leur terroir

Histoire de rendre nos choix encore plus délicats, la saveur des beurres varie selon les terroirs. « Les beurres de l’Est de la France sont pâles, fermes, et délivrent un arôme discret : les animaux consomment moins de fourrages verts. Ceux de Normandie ont une coloration accentuée et un bouquet affirmé. Ils sont très souples, onctueux, même en hiver. Dans les Charentes, ils sont assez clairs avec une pâte ferme et un arôme très fin. En termes de couleur, les beurres bretons oscillent entre leurs voisins normands et charentais, avec une capacité reconnue à donner du moelleux aux pâtisseries », explique Isabelle Saporta dans son ouvrage Ce que nous devons savoir sur le beurre (Éd. Plon). En cuisine, la tradition veut qu’on utilise les beurres gras comme les beurres normands ou bretons pour les émulsions, la brioche ou la pâte sablée et les beurres secs comme les beurres des Charentes et les beurres de l’Est pour les pâtes feuilletées.

Comme tous les produits d’exception, le beurre possède plusieurs AOC témoignant d’une fabrication rigoureuse et traditionnelle (récolte du lait sur un territoire délimité, pas de crème congelée ou surgelée, additifs strictement interdits). Les AOC répertoriées à ce jour : beurre de Charentes-Poitou, beurre des Charentes, beurre d’Isigny, beurre des Deux-Sèvres et beurre de Bresse.

Les beurres d’exception pour la table

Le rayon crémerie a évidemment ses stars. Le beurre d’Échiré (une laiterie de Poitou-Charentes) a longtemps été considéré comme le meilleur du monde avant d’être un peu oublié. « Ça reste un très bon produit, pour ceux qui aiment les beurres fins en bouche et pour qui le beurre cru est un peu fort en goût », explique notre crémier de la rue Saint-Antoine.

Aujourd’hui, la coqueluche du milieu s’appelle Jean-Yves Bordier. Cet artisan beurrier sélectionne d’excellents beurres de baratte (pasteurisés), les malaxe et les tape comme au XIXe siècle. Il travaille des produits sur-mesure pour les plus grands chefs mais on trouve aussi les beurres Bordier aux étals des fromageries haut de gamme dont ses fameux beurres parfumés aux algues (pour les crustacés), au yuzu (pour enrober un dos de cabillaud), à la vanille de Madagascar (pour le pain perdu et les crêpes)… En vrai créateur « haute couture », Jean-Yves Bordier propose aussi des créations éphémères. Le beurre de cet hiver : un « huit épices » couleur caramel pour parfumer les pâtisseries de Noël ou même la dinde.

Le cas Le Ponclet : un beurre breton artisanal de luxe

Crédits : DR - Papa SapiensLe beurre Le Ponclet, un beurre de luxe au goût incomparable

Mais le nom qui affole désormais les gourmets, c’est Le Ponclet, une maison créée en 2011 par David Akpamagbo, un diplômé d’HEC revenu dans la Bretagne de ses grands-parents, à Locquénolé (Finistère), pour fabriquer un beurre parfait (et un seul) cru et salé. Éleveurs triés sur le volet, vaches de race ancienne nourries exclusivement à l'herbe des Monts d'Arrée, ramassage du lait à température « sortie-de-pis », écrémage dans les quatre heures qui suivent, maturation, centrifugeage sans choc thermique… David Akpamagbo ne laisse rien au hasard. Rare dans les commerces de bouche – où il est vendu dans des petits écrins carrés comme un vrai bijou – le beurre Le Ponclet trône surtout à la table des grands restaurants. « Nous sommes dans l'artisanat le plus pur. Le beurre Le Ponclet sent vraiment le lait, la crème, la ferme, quelque chose de très authentique », explique Alexandra de l’épicerie superfine Papa Sapiens. Prix de cette pépite à Paris : 6 euros les 150 grammes.

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