Alain Ducasse livre des repas gastronomiques pour les astronautes

Par Catherine Lasserre - 22 août 2014
Société

Manger sain et bon gagne même l'espace. Depuis 2012, le centre de formation d'Alain Ducasse concocte des repas gastronomiques pour les astronautes. Une initiative lancée par le Centre National des Etudes Spatiales (CNES) pour étudier les effets physiologiques de la microgravité sur le plan nutritionnel. Une expérience insolite et inédite qui transformera ces spationautes en « gastronautes ».

Crédits : DR - ESA

Dans la nuit du 29 juillet 2014, le vaisseau ATV-5 Georges Lemaître décollait du centre spatial guyanais à Kourou rempli, entre autres, de conserves renfermant des repas gastronomiques. Le but : rejoindre la Station spatiale internationale (ISS) pour ravitailler l'équipe de scientifiques. L'ATV-5 est un véhicule automatique doté de capteurs qui vient se fixer à la station spatiale internationale. Il permet de stocker l'oxygène, les pièces de rechanges et autres appareils nécessaires à la survie et au bon déroulement des expériences scientifiques. L'eau et la nourriture en font partie, avec des repas gastronomiques en orbite autour de la Terre signés Alain Ducasse via son centre de formation et de conseil Ducasse Education. Au menu pour les six astronautes : gâteau d’omelettes aux herbes et tomates, volaille épicée et sauté de légumes à la Thaï, céleri rave en délicate purée, saumon et citron confit de Menton, gâteau de semoule aux abricots secs, muesli ou gâteau au chocolat.

Au total, 25 recettes « goûteuses, diététiques et nutritives » enfermées dans des conserves Hénaff dont le sertissage et l'appertisation sont « certifiés spatiaux ». Étanchéité optimale, aluminium ultra-léger, temps de chauffage et intensité de la température précisément déterminées sont les conditions sine qua non pour « préserver les propriétés nutritives et gustatives des recettes pour que les astronautes retrouvent intactes les saveurs de la Terre et le plaisir du goût… avec toute la sécurité microbiologique voulue ». Car à bord, le développement bactérien doit être nul. Et la présence d'aliments obéit à des règles strictes : les gouttes et les miettes sont proscrites pour éviter l'inhalation de ces particules. Ces denrées gastronomiques ont été élaborées, non seulement, pour l'aspect gustatif, mais aussi pour l'intérêt scientifique qui s'inscrit dans le cadre de l'expérience ENERGY pilotée par le Centre d'Aide au Développement des activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales (CADMOS). Le but : comprendre la perte de poids des astronautes durant les 90 jours de vol, pouvoir quantifier leur dépense énergétique et déterminer leurs besoins énergétiques.

Crédits : DR - ESA

Les contours de ce projet gastronomique expérimental se sont dessinées en 2004, et c'est en 2006, lors de la mission européenne Astrolab, que ces recettes élaborées par les chefs de Ducasse Education ont été consommés par les astronautes. Mais ce n'est que depuis 2012, que ces repas sont intégrés à cette étude. "Le but principal d'ENERGY est de quantifier la dépense énergétique des astronautes et de comprendre pourquoi les astronautes maigrissent lors de vols spatiaux de longue durée, soit de plus de 90 jours. Quelle est la part nutritionnelle dans cette perte de poids ? Est-elle liée en partie à un déséquilibre de la dépense énergétique des astronautes ? Ou à une "mauvaise" alimentation ?", se questionne Alain Maillet, chef du CADMOS, sur le blog du CNES. Cette expérience coordonnée par le CADMOS, entité créée en 1993 par le CNES pour donner les moyens aux scientifiques de mener des expériences en impesanteur, s'appuie sur un programme spécifique : le SEM (Special Events Meals). Ce dernier permet d'offrir des repas de qualité aux spationautes pour célébrer des occasions particulières comme les anniversaires, le nouvel an ou l'arrivée d'un nouveau co-équipier. Un projet visant à « améliorer la vie en microgravité » tout en assurant leur santé et, par conséquent, la réussite de leur mission.

L'alimentation à bord d'une navette spatiale est une affaire sérieuse, tant sur le plan physiologique que psychologique. Tout doit donc être mis en œuvre pour éviter les risques cardiovasculaires, d'atrophie musculaire, de désordre du système immunitaire, de stress voire d'anorexie. Ces études expérimentales sur l'impact de la vie en lévitation sur les astronautes et ce, à travers la nourriture, est un projet inédit. Et Alain Maillet de poursuivre : "Aucune donnée n'existe à ce jour. Au minimum 3 mois après leur arrivée dans l'ISS, les astronautes débutent le protocole ENERGY qui dure 11 jours. Le premier jour, ils consomment les repas concoctés par les chefs de Ducasse Education avant de repasser à une nourriture normale (*). Les apports nutritionnels des repas SEM sont connus précisément et permettent d'effectuer des mesures contrôles : les astronautes les ont déjà consommés lors de la réalisation de mesures au sol, au centre d'entraînement européen des astronautes à Cologne". Une expérience capitale pour ces astronautes en voyage culinaire autour de la Terre.

(*) Nourriture lyophilisée

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